Matamore

   Matamore » est devenu un nom commun. Il s’agit au début du XVIIe siècle, d’un soldat vantard qui se bat contre les « Maures ». Corneille l’a repris dans sa pièce, L’Illusion comique (1636) où le dénommé Matamore offre le portrait traditionnel du séducteur, d’une vantardise excessive. Lisons cet extrait de l’acte II, scène 2 :

MATAMORE

...

Regarde, j'ai quitté cette effroyable mine

 Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine ;

 Et, pensant au bel œil qui tient ma liberté,

 Je ne suis plus qu'amour, que grâce, que beauté.

 CLINDOR

 O Dieux ! en un moment que tout vous est possible !

 Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible,

 Et ne crois point d'objet si ferme en sa rigueur,

 Qu'il puisse constamment vous refuser son cœur.   

MATAMORE

 Je te le dis encor, ne sois plus en alarme :

 Quand je veux, j'épouvante ; et quand je veux, je charme ;

 Et, selon qu'il me plaît, je remplis tour à tour

 Les hommes de terreur, et les femmes d'amour.

 Du temps que ma beauté m'était inséparable,

 Leurs persécutions me rendaient misérable :

 Je ne pouvais sortir sans les faire pâmer.

 Mille mouraient par jour à force de m'aimer :

 J'avais des rendez-vous de toutes les princesses ;

 Les reines à l'envi mendiaient mes caresses ;

 Celle d'Éthiopie, et celle du Japon,

 Dans leurs soupirs d'amour ne mêlaient que mon nom.

...

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