Extraits

Signature de Molière

   Molière écrit dans sa préface de Tartuffe (1669) :

   « ... Si l’emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes je ne vois pas par quelle raison il y en aura de privilégiés. Celui-ci [l’hypocrisie] est, dans l’État, d’une conséquence bien plus dangereuse que tous les autres ; et nous avons vu que le théâtre a une grande vertu pour la correction. Les plus beaux traits d’une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire ; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C’est une grande atteinte aux vices, que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions ; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant ; mais on ne veut point être ridicule... »

   Pour Molière, il s’agit de « corriger les vices des hommes », notamment l’hypocrisie religieuse. Et, pour mieux atteindre le public, au lieu de faire de la morale, il faut le faire rire : l’homme ne supporte pas la moquerie.

Signature de Racine

Et Racine, dans sa préface à Bérénice (1671)

« ... Ce n’est pas que quelques personnes ne m’aient reproché cette même simplicité que j’avais recherchée avec tant de soin. Ils ont cru qu’une tragédie, qui était si peu chargée d’intrigues, ne pouvait être selon les règles du théâtre. Je m’informai s’ils se plaignaient qu’elle les eût ennuyés. On me dit qu’ils avouaient tous qu’elle n’ennuyait point, qu’elle les touchait même en plusieurs endroits, et qu’ils la verraient encore avec plaisir. Que veulent-ils davantage ? Je les conjure d’avoir assez bonne opinion d’eux-mêmes, pour ne pas croire qu’une pièce qui les touche, et qui leur donne du plaisir, puisse être absolument contre les règles. La principale règle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première... »

Pour Racine donc, il s’agit avant tout de « plaire et toucher », donc de faire naître l’émotion. Peu importe que l’intrigue soit trop simple eu égard aux règles traditionnelles de la tragédie (violence, sang, batailles, etc.).

 

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