Sonnet à Richelieu (Martine de Beausoleil)

   Martine de Bertereau, baronne de Beausoleil est née en 1590, sous le règne d’Henri IV donc, auquel elle doit indirectement son savoir-faire de minéralogiste. En effet, après les guerres de religion, le roi veut relever la prospérité de le France, notamment en établissant une industrie minière (mines inexploitées de la Guyenne et du Languedoc).

   Les mines ont alors, en Europe, mauvaise réputation : la baguette avec laquelle on détecte les richesses souterraines sent un peu trop le soufre... Qu’importe ! Le roi décide de faire venir Martine, encore très jeune, et son époux, Jean Duchatelet, baron de Beausoleil, ingénieur émérite, qui sait passionner sa femme pour les sciences, la chimie, la minéralogie et l’étude des mines. Très cultivée pour son temps, elle parle l’anglais, l’allemand, l’italien l’espagnol, le latin et un peu d’hébreu ; elle s’y entend également en géométrie, mécanique et hydraulique. Elle déclare « s’être studieusement appliquée pendant trente ans. »

   Femme de caractère et femme d’affaires avisée, elle met des fonds dans cette entrepris conjugale. Le couple se déplace toujours avec cinquante mineurs allemands et dix hongrois, sans compter leur suite. Un passeport de de 1630 les décrit « avec enfants, serviteurs, servantes, hardes et bagages », circulant à travers l’Europe pour prospecter des mines, menant une vie de perpétuelle errance : Allemagne Hongrie, Suède, Italie, Espagne et... jusqu’au Nouveau Monde. En France, ils rencontrent un esprit arriéré et superstitieux ainsi qu’une mauvaise volonté de la part des fonctionnaires du royaume. Ils retournent donc rapidement en Allemagne (de toute manière, le roi est mort) qui estime leurs travaux. L’empereur nomme le baron haut-commissaire des mines de Hongrie et conseiller de Sa Majesté avec de nombreux avantages, par exemple le droit de circuler librement sur tout le territoire sans s’acquitter des taxes douanières.

   Mais la France de Richelieu sollicite à nouveau les lumières du couple qui se retrouve à pied d’œuvre sur les mines françaises, commençant par le Midi et une partie de la Bretagne. Hélas, tout recommence : paperasseries, chicanes et vindicte populaire. Pensez donc, on voit Martine à l’aube, couchée à plat-ventre dans les champs en train d’observer les vapeurs se dégageant de la terre ! Une sorcière qui a pactisé avec le diable !

   Le prévôt provincial du Duché de Bretagne, La Touche-Grippé, fait perquisitionner chez le couple, rafle le contenu des coffres de voyage, procès-verbaux de découvertes, boussoles, creusets, échantillons, instruments, sans oublier argent et bijoux, soit le fruit de dix ans de travail en France durant lesquels Martine a déboursé des sommes énormes sans rien obtenir en compensation. Les Beausoleil avaient déjà considérablement réduit leur train de vie ; Martine parle dans l’un de ses Mémoires, « de la considération qui en France se mesure à la splendeur des équipages. » La Touche-Grippé lui intente un procès en sorcellerie qu’elle gagne ; écœurée, elle quitte la France.

   Mais une vie paisible n’est pas pour elle. Bien décidée à obtenir restitution de ses biens, elle rédige un Mémoire à l’intention du cardinal de Richelieu, chef-d’œuvre d’intelligence prémonitoire, le premier document réclamant l’établissement d’une administration des mines en France. Elle tente d’attirer l’attention du gouvernement sur les richesses minières du pays, « par le moyen desquelles Sa Majesté et ses sujets pourraient se passer de tous les pays étrangers. » Il s’agit de La Restitution de Pluton avec, pour sous-titre « Avec la réfutation de ceux croient que les mines et choses souterraines ne se peuvent trouver sans magie et sans l’aide des démons. » Elle s’excuse d’abord d’être une femme (« Mais quoi, dira quelque autre, qu’une femme entreprenne de creuser et percer les montagnes, cela est trop hardi, et surpasse les forces de son sexe »), puis elle énumère les mines qu’elle a découvertes, notamment en Bretagne. « Voilà, Monseigneur, des preuves certaines pour montrer l’ignorance de ceux qui disent qu’il n’y a pas de mines en France, et pour faire clairement voir la diligence que nous avons faite pour la découverte des mines, les peines et labeurs que nous avons souffert, les voleries et pertes de nos biens et attentats sur nos personnes. » Elle propose la création d’une « Chambre souveraine des mines » avec des ingénieurs spécialisés, le prototype de notre École nationales des mines. Richelieu, mal informé par les ennemis des Beausoleil, fait enfermer Martine au château de Vincennes et envoie son mari à la Bastille. Il y meurt en 1645. L’abbé de Saint-Cyran note dans ses Mémoires qu’il lui a donné de l’argent et quelque secours. Quant à elle, elle meurt peu après de dénuement et de chagrin. L’École des Mines est fondée cent cinquante ans plus tard.

Additifs 

1) contre la sorcellerie

   * Martine énumère les richesses du sol de France : or, argent, plomb, étain, fer, marbre, salines, houille, sources médicinales pour lesquelles elle prend soin de préciser (pour ne pas être accusée de sorcellerie) que leurs « propriétés très puissantes ne peuvent nous garantir de la mort, mais seulement la différer et retarder jusqu’à une autre saison par la vertu que Dieu leur a donnée. »

   * Elle revient souvent sur cette accusation de sorcellerie avec cet argument d’une logique imparable : « Si vous croyez que, quand on fait ces expériences par l’intervention et le secours du diable, elles peuvent produire des effets merveilleux, à quoi tient-il que vous ne puissiez vous persuader que Dieu, auteur de la nature, n’ait le pouvoir de donner ces vertus aux métaux, aux racines, aux arbrisseaux, aux pierres et à semblables choses ? Hé quoi, seriez-vous si malheureux que de croire que le diable soit plus puissant ou plus ingénieux que Dieu ? »    

   * Agricola, père de la métallurgie, ouvre son Traité par la description des baguettes à l’aide desquelles on prospectait autrefois les mines, qui réagissaient au voisinage des masses métalliques. Méthode simpliste mais qui donnait de bons résultats... Toutefois, trop proches des « baguettes magiques »... et puis, les entrailles de la terre n’étaient-elles pas habitées par des gnomes et autres génies malfaisants ?...       

2) L’entomologie

   Sybille Meriau, contemporaine de Martine de Beausoleil, fut le première entomologiste, amoureuse des insectes, particulièrement exotiques. Elle les peignit ; il nous reste cent-cinquante gravures. Elle pratiqua l’élevage et écrivit deux ouvrages d’entomologie.           

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